L'Exil   

 

 


 

Je n'étais pas chassé de mon pays...

Je l'ai quitté en combattant nos envahisseurs, aussi bien les rouges que les blancs...

Ensuite, nous avons été trahis  comme toujours tout au long de notre histoire !

En Pologne...Camp de la mort bien avant ceux de nazis et d'autres modèles...

[…] après avoir passé plus d'un an dans leur camp de concentration, j'ai pu m'évader !

J'en réchappe par miracle en enjambant les cadavres par une nuit de mai... Enfin ! “

 

Loin de la calèche luxueuse où sa maman le menait tendrement retrouver son professeur de dessin, Vasyl Khmeluk n'eut pas toujours une vie facile :

Parti de chez lui le 20 juillet 1920 après les affres de la révolution et pour défendre l'Ukraine, par chance après son évasion il arriva comme par miracle en Tchékoslovaquie.

Il avait traversé la rivière sous les balles des frontaliers polonais mais les autorités tchèques furent bien compréhensives et pleines de gentillesse après sa tragique aventure. Les douaniers lui souhaitèrent bonne chance et lui offrirent même un billet de chemin de fer !

Vasyl choisit Prague, ville libre de toute contrainte et pleine de charme dans les années vingt avec ses petits cabarets poétiques, ses ruelles étroites et tous ces beaux palais aux mélancoliques jardins …

Dans cet exil et après toutes les souffrances qu'il a traversées, à ses yeux ce pays est véritablement démocratique. Avec toute la fougue de la jeunesse, il est en admiration devant la liberté, la joie et la propreté de cette nation et c'est dans un réel enthousiasme qu'il y reprend ses études.

Partout où il allait il se sentait accueilli en frêre et goûtait à la renaissance de la jeune Prague pleine de talents novateurs : musiciens, poètes, cinéastes etc

Dans ce parfum tout frais de poésie et d'une certaine étrangeté, inconsciemment il se préparait pour un autre départ … pour la France cette fois là !

Il acheva ses études à l'antique Université de Charles IV et … un jour ... en digne descendant de la Scythie* nomade, il prit le train, laissant toutes ses affaires, et au bout d'une longue nuit et d'une claire matinée d'automne, il "atterrit" en ce mois de septembre 1928 à la Gare de l'Est à Paris !

A tout juste vingt-cinq ans, riche d'espoirs et en pleine force de l'âge, Khmeluk découvrait la capitale en se demandant, soudain dégrisé, ce qu'il faisait là au milieu d'une énorme et brutale cohue !

Il retrouva une partie de la communauté Ukrainienne (étendue aux autres ethnies de l'Europe de l'Est) déjà installée ici dans le quartier de Montparnasse.


Contrairement à quelques poncifs, la vie n'y était pas facile et insouciante : “Ce n'était pas triste mais pas toujours gai !” dit-il avant d'ajouter qu'heureusement les cafetiers et buralistes faisaient crédit et au petit matin toléraient qu'ils se couchent sur les tables des terrasses désertent ... “Sans domicile aucun ni aucune patrie”...


Un matin, l'hôtelier du fameux Hôtel de l'avenir” (cité dans le poème "L'escalier céleste" !), vint lui annoncer la visite de son ami l'estonien Eduard Wiralt qui était un génie de la gravure, autrefois ami de Modigliani et déjà estimé des grands marchands.

Tout au long de la journée ils arpentaient les musées de la capitale et surtout le Louvre où ils ne se lassaient pas d'admirer Rembrandt, Véronèse ou les primitifs...

Les deux amis devinrent de grands nocturnes car les économies s'étaient épuisées et ils n'avaient plus les moyens de se payer l'hôtel.

Faute d'avoir un âtre auprès duquel poser leur bohème, tous deux se réchauffaient de cette fidèle amitié lorsque même il leur arriva de trouver refuge dans les chapelles abandonnées du Père-Lachaise !

 

C'était en ces temps bénis une joyeuse misère !”

 

Khmeluk disait aussi  que La société des morts est parfois moins redoutable que celle des vivants.” ; toujours généreux et d'un naturel désinteressé, sa bourse d'abord bien remplie s'était vidée rapidement car il n'hésitait pas à aider les plus démunis en leur offrant jusqu'à ses vêtements !

Sûrement sa bonne étoile le protègeait-elle un peu, lui qui eut une réelle foi, puisque quelques temps plus tard il commença à se faire remarquer par de célèbres marchands et put vivre, de mieux en mieux jusqu'à la fin de ses jours...

 

 

de son art,

ses pinceaux,

ses couleurs ...


 

 

 

 

Scythie*

Les Scythes  sont un ensemble de peuples nomades,  d'origine indo-européenne, ayant vécu entre le VII siècle et le IIIe siècle avant J-C dans les steppes eurasiennes . C'est une très vaste zone allant de l'Ukraine à l'Altaï.

 

 

 

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